Les 7 pêchés capitaux du Formateur: L’orgueil

L’orgueilleux souffre d’un  cancer (volontaire) de l’ego. Il place sa personne au centre du monde, au centre de lui-même.

 

Bien difficile alors pour un formateur de savoir s’il a pêché par orgueil ou non.

Il se doit de bien connaître son sujet, et a donc des connaissances, un savoir, que l’apprenant n’a, à priori, pas.

Pourtant, l’apprenant peut apprendre quelque chose au formateur :

  • Le remettre en question
  • Lui montrer une erreur dans ses connaissances
  • Lui apprendre vraiment une nouveauté, malgré l’expérience du formateur

 

Et c’est ici, que le curseur de l’ego vers l’orgueil ou l’humilité va être le plus dur à régler.

 

Prenons un exemple :

Le formateur annonce une information qu’il sait (par expérience ou théorique) comme vraie.

L’apprenant dit : non ce n’est pas vrai.

Le formateur va alors vouloir démontrer qu’il a raison et pas la personne qu’il a en face de lui.

L’apprenant, s’il est convaincu ou alors orgueilleux, va vouloir lui aussi prouver qu’il a raison.

 

Il en résulte souvent une  mise en enchères des émotions et on se retrouve dans un sketch bien connu :
“Ben moi, j’ai la plus grosse que toi”.

 

Pardon, je vous ai choqué ?! C’est vrai que cette phrase est assez vulgaire, quand on voit de quoi je parle.

Pourtant, bien souvent, ce que l’on veut dire à l’autre c’est : “j’existe, accepte mes pensées, mon point de vue”.

Nous n’avons pas appris à bien l’exprimer, et l’on se retrouve à parler, comme le dirait Marshall Rosenberg, le langage de Chacal. Ce langage de Chacal permet d’attaquer l’autre, tu lui dire le tu qui tue … l’égo.

Blessé-e, on réagit alors soit par la fuite, soit par l’attaque.

 

Comment se sortir de cette situation

L’image du 6 devenant un 9, vous la voyez ? Si deux personnes se mettent face à face et décrire l’image devant elle (le 6, ou le 9), l’une dira bien qu’elle voit le 6, et l’autre le 9.

Nous voilà donc avec deux points de vue : qui a raison ?

Le formateur, l’apprenant ?

Les deux mon capitaine ! Les deux. Pour savoir, sortant du canal de communication mis en place.

Prenons du recul, et voyons ce qu’il se passe.

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Voilà une des méthodes pour sortir du conflit du “j’ai raison, et pas toi”.

 

Accueillir les émotions et les points de vue de l’autre, c’est déjà respecter que l’autre a un point de vue.

Il peut en effet se tromper, car il croit savoir.

Tout le travail, et ça peut même en devenir un art, c’est réussir à aider l’autre à montrer que son point de vue peut être vu autrement.

 

Notre dieu à tous et à toutes

Et puis, le formateur, la formatrice, doit arriver (ça demande de l’entrainement) à descendre de sa tour d’ivoire.

Le dieu du savoir ce n’est pas lui, c’est … : Google.

 

Oui, c’est notre dieu à toutes et tous. J’ironise beaucoup sur cette partie pour amener une idée qui arrive de plus en plus en formation.

Nous nous référons tous à Google, et même, encore pire à Wikipedia (et uniquement à lui).

 

Le formateur, la formatrice, pour prouver qu’il a raison, que ce qu’il dit n’est pas faux.

L’apprenant, l’apprenante, pour vérifier ce que dit son professeur.

 

Bien souvent on va se cacher derrière internet pour :

  • se justifier
  • prouver que moi j’ai raison, pas toi, nanana nanèreuh
  • tenter d’avoir confiance en soi ou en l’autre (si Internet le dit et le formateur aussi, c’est que c’est ok, c’est un bon formateur).

 

Le formateur, un être non orgueilleux ?

Que faites-vous si un élève vous dit : vous vous êtes trompé-e, ce n’est pas X, mais Y.

Quelle est votre attitude lorsque vous recevez cette demande ?

  • Vous prenez la fuite : vous cherchez à vous justifier ?
  • Vous attaquez : c’est moi qui ai raison, pas toi ?
  • L’indignation : tu ne me fais pas confiance ?

 

Nous ne pouvons pas tout savoir, même lorsque l’on est expert sur un domaine.

Acceptons que tout le monde peut se tromper, y compris le formateur, la formatrice.

 

Oui, même nous qui formons. Ce droit à l’erreur, il est permis des deux côtés.

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Je prends un exemple qui m’est arrivé en début d’année :

Ca fait plusieurs années que je pensais réellement savoir que les i en Pologne sont sans point au dessus de la lettre i.

J’arrive en formation, j’en parle comme exemple aux apprenants.

Et là, un des apprenants me dit : tu te trompes. ce n’est pas vrai ce que tu dis.

Sur le coup, je suis étonné, je lui dis : si, j’ai vécu ça, voilà X temps (aucune entourloupe de ma part, je croyais vraiment ce que je disais) .

Il insiste (c’est mon indicateur me montrant que je dois retrouver mon humilité).

Il cherche sur Internet pour me prouver qu’il a raison.

Ca attise ma curiosité … Et c’est en Turquie que l’on a ce cas.

 

Résultat : j’ai été ravi d’apprendre que je me suis trompé, j’ai mis à jour ce que je pensais vrai.

 

Confiance en soi et ego

La peur ici, le plus souvent, c’est de perdre son leadership devant l’équipe d’apprenants.

Le formateur, la formatrice, est encore vu-e comme celui-celle qui sait tout, et qui ne doit pas se tromper.

Bien sûr l’expertise, l’expérience de celui qui transmet le savoir est primordiale et d’une importance cruciale.

 

Ce savoir nous aide à avoir confiance en nous, et nous rassure quand on se présente devant plusieurs personnes avides de nouveautés.

Notre ego est alors prêt à se présenter, à être mis à nu durant plusieurs journées de formation.

 

Avoir le savoir nous donne alors une forme de puissance, de pouvoir : c’est moi qui ai l’expérience, pas toi.

Il est alors très tentant de se croire le seul à connaître et de contre-carrer toute question qui prouverait le contraire.

 

A quel moment est-on alors orgueilleux, ou bien souhaite-t-on protéger notre ego ?

Lorsqu’on cherche à tout prix :

  • à garder l’information,
  • à empêcher trop de questions de peur de ne pas pouvoir répondre

C’est à ces moments-ci qu’on pêche par orgueil.

 

Plutôt que d’adopter une attitude de replis, de fuite, ou d’attaque, il devient plus intéressant de permettre aux apprenants d’apprendre par plaisir, en leur répondant ainsi :

  • je ne sais pas, pour l’instant,
  • ou je ne me rappelle plus,
  • je vais chercher et analyser ça en détail, pour demain.

Et de le faire, vraiment.

C’est ce qui compte en fin de compte.

 

Et pourquoi ne pas laisser les apprenants se transmettre les informations entre eux : l’un sachant, l’autre apprenant.

Laissez-les faire, vous serez surpris de ce que l’on peut apprendre des autres.

 

L’ego de chaque apprenant va alors être entendu, et l’engagement va être décuplé.

Sans engagement, l’apprentissage est faible voire neutre, rappelons-le.

 

La tentation finale

Dernière tentation qui se met en travers de notre chemin : se faire aimer, apprécier.

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Dès que l’on commence les formations, on le sait, on va se faire noter.

Plus ou moins bien, avec plus ou moins de critères, il en résulte toujours une note, et un avis des apprenants.

 

S’il n’est pas utilisé dans le bon sens (celui de l’amélioration continue), il devient vite tentant de faire ses formations dans le but d’avoir des bonnes notes.

L’orgueil des bons résultats, des notations élevées pointant alors son nez. Sans y faire attention, nous pourrions alors vite être tenté-e d’avoir seulement le chiffre final montrant qu’on est bon.

Alors que le plus important, ce n’est pas la note : l’essentiel, c’est RTL… hmm, pardon, l’essentiel c’est que l’apprenant ait appris, retenu ce que nous lui avons transmis, n’est-ce pas ?

 

Le vice retrouvé chez l’apprenant aussi

Quand vous devez noter un apprenant, le plus souvent qu’utilisez-vous ? Des QCMs, non ?

 

Le plus gros problème du QCM, c’est qu’il amène une note.

Si cette note induit une conséquence du type : avoir ou non une certification, avoir un emploi (POEI, par exemple), vouloir avoir une bonne note, est-ce vicieux de la part de l’apprenant ?

Souhaite-t-il avoir une bonne note pour la note, ou bien aura-t-il réellement appris quelque chose ?

 

Là encore, pêcher par orgueil arrive lorsque l’on fait tout pour avoir une bonne note, en oubliant le but de la formation : apprendre d’une autre personne.

 

Le mot de la fin

Nous pourrions alors résumer en disant que l’ego est essentiel dans une formation, pour avoir l’aura nécessaire de la confiance en soi. Pour apprendre et enseigner par plaisir.

L’égo est là aussi pour les apprenants pour avoir envie d’apprendre, et de se surpasser malgré les difficultés.

 

Il est très difficile de contrer ce besoin de dominer l’autre, de prouver que l’on a raison, et l’autre tort.

Cependant, si on ne se maîtrise pas, on arrive à un climat négatif, où l’apprenant, qui ne demande qu’à grandir, à apprendre, va alors se désengager de plus en plus de la formation qu’il avait choisi (dans l’idéal).

 


Et vous, vous avez déjà ressenti ce vice lors de vos formations ? Avez-vous pêché par orgueil ?

 

Source: Evan BOISSONNOT

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